Dimensions
74 x 175 cm
98.5 x 198.5 x 4.5 cmProvenance
Achat de la Société des amis des arts, 1904Commentaire
De L'Eplattenier, on connaît surtout les paysages des crêtes et des vallées du Jura, mais aussi du Doubs. Au sommet a pour sujet le Mont-Racine - plusieurs fois représenté par l'artiste sous divers angles de vue - et la chaîne de montagnes de Tête-de-Ran, qui dominent de leur croupe, à gauche le Val de Ruz et le lac de Neuchâtel, et à droite la haute vallée de La Sagne. L'ambition panoramique de la composition, très élaborée, est évidente dans le choix du format marine et du point de vue, perpendiculaire au chemin de crête, qui embrassent le paysage dans toute son ampleur et permettent l'accélération des lignes de fuite et leur convergence dans l'axe du tableau. Cet axe constitue par ailleurs une ligne de partage entre la zone chaude et lumineuse des pâturages en pente douce et celle des rochers et de la forêt, plus sombre, abrupte et froide; l'une et l'autre sont cependant reliées par l'étonnante contrecourbe conduisant à l'éperon rocheux au premier plan.
La facture de l'œuvre, encore classique, respecte le principe de la perspective aérienne en éclaircissant et en bleuissant les plans qui s'échelonnent en profondeur; pourtant la franchise et la liberté de la touche, au premier plan, comme le traitement des ombres par le mélange des tons, dans les murs de pierre sèche, l'éperon rocheux ou la forêt en contrebas, laissent supposer que L'Eplattenier a assimilé les leçons du néo-impressionnisme et même du pointillisme, qu'il appliquera de manière plus affirmée dès 1905 dans son Coucher de soleil, puis vers 1907 dans le Temps de mars. Ce dernier, une tempera monumentale représentant la même chaîne de montagnes, mais vue frontalement, appartient pleinement, par ses arabesques en coup de fouet, à l'esthétique Art nouveau.
Malgré ses intentions réalistes, Au sommet marque une transition dans l'œuvre de L'Eplattenier, car elle n'est pas sans résonance avec le symbolisme fin de siècle, qui se manifeste discrètement ici par la symétrie de la composition, la courbure du paysage, une certaine mise en scène de la lumière dans l'opposition des valeurs et le tracé lumineux et ondulant du chemin de crête semblant conduire au sommet de la montagne, et au-delà, jusqu'au soleil subtilement voilé.