Jeunes filles au jardin

Type d'œuvre

Peinture

Inv.

1306.15

Datation

1919

Justification

Henri Matisse

Matières et techniques

huile sur toile

Dimensions

54.5 x 65 cm 72 x 83.7 x 10 cm

Provenance

legs René et Madeleine Junod, La Chaux-de-Fonds, le 28 avril 1986

Commentaire

Bien qu'il ait été peint à Issy-les-Moulineaux, près de Paris, où Matisse possédait un atelier, ce tableau appartient à la « période de Nice », qui marque dans l'œuvre de l'artiste un renouveau de son langage plastique par un retour à plus de réalisme dans la figuration. Le lieu représenté, le caractère intimiste de la scène et la facture du tableau permettent de le rapprocher du Thé dans le Jardin, de la même année, et de la fameuse Table de marbre rose du Museum of Modern Art à New York, de 1917. Si, dans cette dernière toile, la table est réduite à un plan vertical presque abstrait, elle retrouve son statut d'objet localisé dans l'espace dans les deux autres compositions, dont plusieurs autres éléments confirment la parenté et la simultanéité, parmi lesquels le personnage en robe bleue, avec son ruban de velours noir, les objets sur la table de marbre, le feuillage, l'atmosphère de torpeur estivale, le jeu d'ombre et de lumière sous les frondaisons. Ces œuvres marquent la volonté de Matisse de concilier l'élément décoratif ramené à la surface de la toile, comme la robe blanche du modèle et le sofa sur lequel il est allongé, et la profondeur naturaliste du paysage, que soulignent la diagonale du sofa prolongée en perspective par l'allée sous les arbres. Matisse cherche également à unir l'architectonique des couleurs organisées en contrastes de tons, et l'unité chromatique des demi-teintes, créant ainsi une vibration lumineuse qui nous ramène, d'une certaine manière, à l'impressionnisme de Renoir ou à Bonnard. Il mêle enfin l'ancien thème du jardin, issu de La Joie de vivre de 1905, et le thème de l'odalisque, qui se développe dans les années 1920. Par le jeu des oppositions qui s'y déploient, Jeunes filles au Jardin inaugure, dans l'œuvre de Matisse, un nouveau mode de transcription du réel, qui simule le réalisme par un haut degré d'abstraction. Commentaire tiré de : CHARRIÈRE Edmond et JACCARD Paul-André (dirs.), Musée des Beaux-Arts de la Chaux-de-Fonds. Catalogue des collections de peinture et de sculpture, Lausanne, SIK-ISEA, La Chaux-de-Fonds, Musée des beaux-arts, 2007, p. 66.